Le Nepal Shryanshil Children Protection Center

Pendant ce voyage, nous avions envie de vivre une autre expérience au Népal, celle de partager quelques jours dans le quotidien des gens, et ainsi sortir de cette position de “touriste”. Nous voulions ajouter à cette aventure une dimension de rencontres et d’entraide avec la population locale.

Grâce à nos amis Mélissa et Jonas, nous avons eu vent de l’existence d’un foyer pour orphelins et enfants défavorisés ou maltraités ici, à Chitwan, dans le petit village de Bachauli. Ce foyer accepte des volontaires, et on s’est dit que ça pourrait être l’occasion pour nous d’essayer.

Un jour, on se décide. On marche depuis Sauraha, et environ 30 minutes plus tard, après avoir questionné plusieurs villageois, on arrive devant le ” Nepal Shryanshil Children Protection Center” (NSCPC). Là, on rencontre Sushila, la responsable (la “mommy”) et Celia, volontaire espagnole qui fait encore quelques jours ici. Après une courte discussion, on décide de tester un premier jour, et si ça ne nous plait pas, ou si on sent que notre présence n’est pas spécialement utile, on s’en ira.

En effet, il faut toujours se méfier avec les “volontariats dans des orphelinats”. Il y a beaucoup d’arnaques, et souvent, les volontaires payent plusieurs centaines de francs leur semaine de bénévolat! (C’est quand même un comble non?!) C’est uniquement leur argent qui est convoité, mais en ce qui concerne leur aide sur place, celle-ci pourrait ne pas exister et cela reviendrait à la même chose!) Et je ne parle pas des faux orphelinats, où des enfants sont “loués” à la journée pour attirer des volontaires et leur argent dans un centre! (Très courant en Asie.)

Bref. On sait déjà que cet endroit est bien réel, (nos amis ont déjà testé), et pour couvrir nos frais, Sushila nous demande 500 roupies par personne et par jour (soit 4,25 CHF) pour être nourris et logés dans une petite chambre à part. Cette somme leur laisse en plus un bénéfice pour financer le centre, et finalement on se dit que c’est mieux de les dépenser ici que dans un hôtel véreux! (Pis bon, c’est vraiment pas grand chose!) Ici leur site internet.

On commence donc cette nouvelle aventure!

Il y a 11 enfants ici, de 6 à 16 ans. Ils sont recueillis, nourris, logés, habillés, éduqués, aimés, jusqu’à leurs 18 ans. Dès notre arrivée, on a directement l’impression d’entrer non pas dans un foyer mais dans une grande famille. Tout fourmille de partout, mais surtout tout est réglé comme du papier à musique! Le quotidien de cette famille commence par le déjeuner à 8h30 : du dal baht. C’est “Aunty”, l’employée, qui s’en charge. Puis, les enfants enfilent leurs uniformes et filent à l’école, qui se trouve à 5 minutes à pied. Les enfants reviennent à la maison vers 15h30. Ils ont un petit snack (reste de dal baht ou alors une banane ou un biscuit), parce qu’ils n’ont pas de dîner à l’école. Ils font ensuite leurs devoirs (qui durent des plombes!!!). Puis, ils ont du temps libre jusqu’à 19h00, heure où ils soupent du dal baht. Puis, s’il y a de l’électricité, les enfants regardent un moment la TV (généralement du catch américain ou des séries indiennes de Bollyhood). Extinction des feux à 20h30. Enfin, ils ont congé le samedi et ont une journée plus courte le vendredi et le dimanche.

Et nous dans tout ça? On se dit d’abord que ça va être difficile d’être vraiment utile dans une routine où tout roule aussi bien! Tout est réglé, rangé, propre. Les enfants font preuve d’une rare autonomie, et on s’interroge… On se rend compte que si on veut être utile et leur apporter quelque chose, et bien il va falloir être proactif, imaginatif et preneurs d’initiatives. On décide de relever le défi!

On prend des initiatives

Premièrement, on leur donne déjà un coup de main pour les devoirs. Ils en ont une quantité astronomique! Et franchement, je questionne l’intérêt pédagogique de faire copier 50 fois “Monday” à un enfant de 6 ans (et c’est le même mot à recopier pour chaque jour de la semaine!) Idem pour les travaux de sciences, où le devoir est la copie d’un texte en anglais sur “les lieux publics”, avec du vocabulaire qui leur est totalement inconnu (même parfois pour nous, hahah!) Enfin bref, le système éducatif est bien différent…

Autre chose qu’on sait bien faire avec eux: jouer! On passe littéralement des HEURES à jouer aux cartes. Ils adorent ça, surtout les grands! On retrouve alors nos souvenirs d’adolescence : parties endiablées de trou du cul, kems, loup garou et un nouveau jeu initié par Celia, le Bullshit! On rigole bien, et par le jeu les enfants s’ouvrent à nous directement! On a très vite de chouettes discussions avec les ados, et d’ailleurs ils parlent un super anglais. C’est aussi là l’utilité de la présence de bénévoles. Entraîner l’anglais et élargir les horizons! D’ailleurs, ils ont un très bon niveau dans cette langue. (Cela est dû à la frontière toute proche avec l’Inde, avec qui le Népal partage beaucoup de culture, et à l’école où beaucoup de cours sont en anglais également.)

Un autre jour, on décide de se mettre aux fourneaux! Ça, on peut faire! (surtout Yorick). Ici, ils mangent quand même deux ou trois fois par jour et 7 jours sur 7 du dal baht! (riz, dal et curry de patates). Certes, c’est sain et pas cher, mais on se dit qu’un peu de changement pourrait être sympa!

On se rend donc au “tanti bazar”, rue marchande à 15 min de “magic bus”. Ces derniers sont les mini bus locaux, minuscules, qui ne coûtent que 15 roupies (donc 12 centimes) mais on peut quand même entasser 14 à 15 personnes, à la manière de tétris.

Là, on fait nos courses dans les petites échoppes sur rue qui vendent tout et n’importe quoi (il faut observer, demander et mimer pour trouver ce que l’on cherche). Mais on finit toujours par trouver! Il y a TOUT ici! On achète donc nos ingrédients, et on rentre faire la tambouille! Au menu: pâtes à la sauce tomate – ail – oignons et fromage râpé! C’est le menu simple “quand on a pas la temps” chez nous, mais c’est jour de fête pour les enfants ici! C’est le jackpot, ils se réservent tous deux fois 😉

Le samedi, nous organisons un après-midi “joutes sportives” au terrain de jeu. On leur montre des nouveaux jeux d’équipe, comme le tic-tac-toe géant ou la balle brûlée. Très vite, les autres gosses du quartier se joignent à nous. C’est super sympa!

Et puis, on met aussi un peu à contribution nos “personal skills”. Yorick utilise son talent de hackeur en leur transférant une grosse quantité de films sur leur ordi. Quant à moi, musicienne dans l’âme, je répare leur vieille guitare (il y a même des cordes de guitare, au tanti bazar! Il y a TOUT, au tanti bazar!) pour des cours de guitare improvisés. Je dégaine aussi la mienne, ils adorent chanter! (Par contre, c’est Despacito, Shape of You et Justin Bieber qu’ils réclament…Ahhhhh les jeunes d’aujourd’hui et la mondialisation!)

Enfin, pour les petits, on improvise un kamishibai avec du vieux cartons (#prof) pour leur raconter une histoire et leur faire créer leurs propres histoires! Bref, on aura peut-être quand même réussi à apporter quelque chose, du moins, on l’espère!

La ménagerie du centre

On apprécie particulièrement cet endroit, qui est dans un village calme est champêtre. Il y a moult animaux ici! Nos voisins ont deux éléphants, la voisine promène son buffle plusieurs fois par jour, on tombe sur baby rhino à côté de notre porte un soir, on nourrit les deux crevettes qui leur servent de chats (parce que le Dal Baht, c’est pas spécialement nourrissant pour eux), on caresse la chienne Lovely, on croise un python dans un champ et on assiste à la naissance….de bébés chèvres! On passera des heures à les observer et à jouer avec! Elles sont tellement mignonnes!

On passe également une matinée complète à aider Aunty et les garçons à faire les fumiers des  20 chèvres qui sont élevées ici. On racle le caca et on l’amène dans le grand jardin pour fertiliser tout ça! Haaaa la vie à la campagne, ça fait du bien!

Diwali – le festival des lumières

Les derniers jours, nous tombons sur la période du festival des lumières, Diwali. Il s’agit d’une fête hindoue qui dure plusieurs jours. (Oui, il y en a beaucoup, des fêtes hindoues!) Elle célèbre la victoire du bien contre le mal, et chaque jour est fêté d’une manière différente.

Un soir, on célèbre la déesse Lakshmi en dessinant, à l’aide de poudres colorées, une sorte de mandala par terre à l’entrée de la maison. Ce dessin est un “rangoli”. Il sert à accueillir la déesse, qui vient elle-même visiter les maisons pour y offrir la protection. En guise d’accueil également, les maisons et les jardins sont décorés de guirlandes lumineuses et de bougies. On allume toutes les lumières de toutes les pièces et on ouvre grand portes et fenêtres. Tout le village est magnifiquement illuminé!

Le soir, il est de tradition pour les enfants d’aller chanter aux portes des maisons voisines pour espérer recevoir une donation. On accompagne alors les enfants du foyer, mais, après une maison, ils décident de rentrer parce qu’ils sont trop “timides” pour chanter. 😉

Le lendemain, Sushila, Aunty et les filles préparent les “roti”, sortes de beignets circulaires fris dans l’huile. C’est un peu les merveilles locales, que l’on prépare lors des grandes occasions!

Les animaux sont aussi à l’honneur pendant ce festival. Chaque jour, un nouvel animal est vénéré. Il y a le jour des corbeaux, où ils sont nourris, le jour des vaches, et le jours des chiens, où ils sont nourris et richement décorés. On leur met même une tikka sur le front! D’ailleurs, ce jour-là, Lovely, la chienne, porte un joli collier de fleurs.

Les tagettes sont LES fleurs des cérémonie hindoues. Elles servent d’offrandes, de décorations, et sont utilisées pour faire des colliers et des guirlandes. D’ailleurs, il y en a plein le jardin du foyer, et un jour nous devons toutes les cueillir pour que Sushila les transforme en colliers. C’est super de pouvoir partager ces moments avec cette famille. Pour les remercier, on leur offre à chacun des paquets de friandises (choc, cacahuètes, fruits secs) que nous achetons à…tanti bazar! (Il y a tout à tanti bazar). C’est la tradition pendant ce festival, (un peu comme nos cornets de cacahuètes-biscôme-mandarines à Noël).

Ce que les enfants nous ont apporté

Ça nous fait vraiment du bien d’avoir une routine pendant plusieurs jours. Les enfants nous font une place très facilement et dès le premier jour. Ils nous accueillent chaleureusement, avec de grands sourires. On est très reconnaissant qu’ils acceptent de partager leur vie avec nous, de parfaits inconnus. Ça nous apporte tellement de partager discussions, jeux, activités ou simplement le quotidien de ces jeunes pleins de joie et de spontanéité. C’est ça qui est cool avec les enfants, ils sont authentiques et ils ne sont pas calculateurs. S’ils ne t’aiment pas, ils te le montrent tout de suite!

Ça nous donne aussi l’occasion de partager la vie, les habitudes, les coutumes, les traditions et les repas des gens d’ici, et de démystifier tout cela en le vivant de l’intérieur.

On s’en ira la cœur gros, reconnaissants envers Sushila et Hira, Aunty qui nous a traité comme des rois, et surtout envers Som, Rahul, Sahul, Ritu, Sabina, Asmita, Melina, Swatsika, Aashtika, et les autres…